Lilith.

Lilith.




Une étymologie populaire relie le nom de Lilith à la racine hébraïque laylâ « nuit ». Cette mauvaise étymologie en fait un démon de la nuit. Lilith est en fait la forme hébraïque de l'akkadien lilītu, féminin de lilû. Il dérive du sumérien líl qui signifie vent. C'est à l'origine un démon mésopotamien lié au vent et à la tempête2.

Selon Samuel Noah Kramer, Lilith apparaîtrait au IIIe millénaire av. J.‑C. sous la forme lillake dans le poème sumérien Gilgamesh aux Enfers3. La seconde partie de ce poème, traduite en assyrien, a été ajoutée en appendice à l'Épopée de Gilgamesh (tablette XII). Au début du récit sumérien, un démon ki-sikil líl-lá-ke4 s'installe dans le tronc de l'arbre huluppu planté sur le bord de l'Euphrate puis transplanté à Uruk dans le jardin sacré de la déesse Inanna. Le héros Gilgamesh parvient à l'effrayer et le démon s'enfuit dans le désert, lieu du séjour habituel des démons. Il est possible que ce soit la première mention de Lilith même si cette identification est contestée4,1.

Dans les sources akkadiennes, les démons Lilū, Lilītu et (w)ardat-lilī dominent les vents. Les démons femelles Lilītu et (w)ardat-lilī cherchent à séduire les hommes. Lilītu n'a pas de mari et ne peut avoir d'enfant. Elle cherche à entrer dans la maison d'un homme par la fenêtre. Elle peut s'enfuir à travers les fenêtres ou s'envoler comme un oiseau. À partir de l'époque médio-babylonienne, Lilith est assimilée à Lamashtu. Elle représente un danger pour les femmes qui accouchent et pour les nouveau-nés. Pour se protéger de Lilith, on doit recourir à l'invocation d'autres démons, notamment le roi des lilû, Pazuzu.
Dans la Bible
Le mot « Lilith » est un hapax dans la Bible hébraïque. La seule référence à Lilith figure dans le livre d'Isaïe (34.14). Dans cette prophétie sur la fin du royaume d'Édom, le territoire d'Édom est décrit comme une terre désolée. Il est habité par des bêtes sauvages et par Lilith. La signification de Lilith dans ce passage n'est pas claire. Les premières traductions grecques de la Bible l'ont rendu de différentes manières. La Septante le rend par onocentaure (créature mi-homme mi-âne). Cette lecture peut renvoyer à la figure de Lamashtu qui peut être représentée assise sur un âne. Aquila transcrit simplement Lilith et Symmaque utilise le nom Lamia qui est un démon de la mythologie grecque.

Première femme d’Adam et tueuse d’enfants, séductrice et épouse de Satan, reine du royaume du Mal… Si l’histoire de Lilith est longue et fragmentée, son nom apparaît pour la première fois avec certitude dans la Bible et elle connaît son âge d’or au Moyen Âge, avec le Zohar notamment. Somptueuse et terrifiante, Lilith reste étroitement liée au judaïsme qui, siècle après siècle, lui a donné forme. Il a fait d’elle une figure incarnant la transgression : une séductrice scandaleuse à l’appétit sexuel insatiable, une insoumise qui refuse la domination masculine, une femme qui au lieu de donner la vie sème la mort. Elle est à la fois l’objet des réflexions des cabalistes et une croyance populaire qui suscite de nombreuses pratiques pour l’exorciser. Aujourd’hui encore, elle reste singulièrement présente : Lilith est devenue partie intégrante de la culture judéo-chrétienne, inspirant les artistes et les écrivains, mais aussi les cercles ésotériques. Loin d’être seulement un repoussoir, elle est même devenue une icône pour les féministes, une figure incarnant tout à la fois l’insoumission des femmes et la libération sexuelle. Lilith, la plus vieille démone de l’humanité, semble toujours renaître de ses cendres pour prendre un nouveau visage, nourrir les songes et les pensées.